dimanche 26 avril 2015

Sans un adieu de Harlan Coben

Quel plaisir de retrouver Harlan Coben, que j'avais délaissé depuis quelques temps ! David Baskin est le meilleur joueur de basket de Boston, et même du pays. Il est fraîchement marié à Laura Ayars, sublime top-model reconvertie en femme d'affaires hors pair. Ils sont en lune de miel en Australie lorsque David disparaît sans crier gare après avoir annoncé à sa femme partir se baigner. Très vite, on conclut à une noyade. Mais en est-ce vraiment une ? Sa femme Laura va tenter à tout prix de découvrir la vérité, quitte à soulever de lourds et dangereux secrets de famille.
J'ai beaucoup aimé, mais un peu moins que d'habitude. Mettons d'abord les choses au clair : oui le suspense était présent, oui j'ai dévoré ce bouquin et oui je me suis réellement attachée aux personnages. L'auteur ne cesse de nous lancer sur de fausses pistes, nous en apprend plus pour finalement nous perdre davantage. Bien sûr, on a envie de continuer, de découvrir le fin mot de l'histoire : mais que s'est-il passé cette fameuse année 1960 ? Les personnages semblent tous autant qu'ils sont noyés dans leurs mensonges, entravés par le passé. Sous le vernis des apparences et des faux-semblants, la réalité est bien sombre. J'ai aimé ce côté implacable, un meurtre conduisant à un autre.
Cependant, certaines choses m'ont dérangée. Les dialogues sont plutôt plats, et il a des passages vraiment clichés autour de l'amour, cul-cul et sirupeux à souhait. Il y a des rebondissements qui sont vraiment trop prévisibles et attendus. C'est comme si l'auteur agitait un drapeau pour être sûr qu'on ne passe pas à côté. L'intrigue patine parfois un peu, tardant à révéler des choses qu'on a deviné depuis longtemps.
Enfin, je suis indulgente car c'est le premier roman d'Harlan Coben : normal qu'il soit un peu moins abouti que les autres ! En tout les cas le plaisir de lire et le talent de l'auteur sont toujours là, un vrai moment de détente grâce à ce livre. On est tenu en haleine jusqu'au bout, malgré l'emploi de certaines ficelles un peu usées.

samedi 25 avril 2015

Les voleurs de street art

Ces dernières décennies, les badauds de France et d'ailleurs ont pu constater l'essor de l'art urbain (ou "street art") sur les murs de leurs villes. Les portes, les bâtiments sont devenus des toiles géantes pour les artistes, leur permettant de partager leur univers avec le plus grand nombre et ce sur des supports inédits ce qui stimule leur imagination.

Pourtant on observe récemment le développement d'un phénomène alarmant. Plusieurs artistes urbains se sont plaints de voir leurs oeuvres arrachées, purement et simplement dérobées. L'artiste Christian Guémy alias C215 a ainsi manifesté son agacement et sa colère devant le vol de plusieurs de ses peintures à Vitry sur Seine. Et il est loin d'être le seul : Space Invader a ainsi déclaré être lui aussi victime de ces vols d'un genre nouveau. Plusieurs de ses fameuses mosaïques en forme d'extra-terrestres sont ainsi portées disparues. Si le phénomène prend de plus en plus d'ampleur, il n'est pas nouveau : dans les années 1980 Basquiat et Keith Haring avaient également fait les frais de leur notoriété montante. En effet, si les vols tendent à augmenter c'est avant tout à cause de l'explosion de la côte des artistes urbains, et par la même de la valeur de leurs oeuvres.

Certains refusent toujours de considérer le street art comme une forme d'art à part entière, le considérant comme du simple vandalisme. Ils ajoutent que c'est un art par essence éphémère et ne s'émeuvent pas vraiment de ces vols. Mais la majorité déplore ce pillage et s'inquiète de voir de plus en plus de peintures se volatiliser.

Il faut dire que la situation est compliquée : bien souvent le propriétaire des oeuvres sera le propriétaire du support : la porte, le mur sur lequel l'artiste aura jeté son dévolu. C'est donc au propriétaire du support de porter plainte. Ainsi les artistes cherchent à se prémunir de ces vols, et de la revente de leurs oeuvres. En effet les enchères peuvent grimper très vite : souvent plusieurs centaines de milliers d'euros. L'artiste doit démontrer qu'il est l'auteur de la peinture afin de faire valoir son droit à la propriété intellectuelle et empêcher les reproductions. Parallèlement des systèmes d'authentification, de certification des oeuvres se développent, afin d'éviter la vente de faux et les contrefaçons. Les artistes emploient des colles de plus en plus fortes et tentent de réaliser leurs oeuvres hauts sur les murs, un peu à l'abri des convoitises.
Malgré tout cela, il est fréquent que les artistes retrouvent certaines de leurs oeuvres volées sur Internet, dans des galeries...

C'est l'essence même du street art qui est remise en cause par ces voleurs à la petite semaine qui s'accaparent les peintures afin d'en tirer profit. Le caractère universel, libre, insouciant de l'art urbain est mis à mal, un climat de méfiance s'installe. Ces oeuvres bénéficient à tous, gratuitement, égayent le béton et les barres d'immeubles. C'est l'art qui descend dans la rue, se met au niveau de tous et s'expose aux regards des passants sans rien demander en retour. Peu à peu l'art urbain perd son statut confidentiel, anonyme, clandestin pour devenir un vrai business. Ces vols sont la regrettable mais inévitable conséquence de l'engouement du public et du succès des oeuvres, qui attirent désormais les collectionneurs de tout poil. Tristement, les voleurs voient là l'opportunité d'empocher des sommes rondelettes et de réaliser de jolis profits.

Iphigénie de Jean Racine

Une malédiction pèse sur les Grecs, rassemblés en Aulis afin d'attaquer les Troyens. L'absence de vents favorables les empêche d'envoyer leur flotte. L'oracle Calchas est consulté : le sang d'Iphigénie, fille d'Agamemnon, doit couler sur l'autel pour que les dieux leurs envoient les vents tant espérés. La jeune fille est promise à Achille, elle est heureuse et pure... Le roi ne sait que faire : privilégier son intérêt personnel ou celui de son peuple ?
C'est la troisième pièce de Racine que je découvre, après Phèdre et Andromaque. Celle-ci m'a encore beaucoup plu. Le roi Agamemnon est face à un dilemme déchirant : faut-il sacrifier sa fille qu'il aime de tout coeur ? Ici, le suspense a pour moi été véritablement présent puisque je n'avais aucune idée de la fin. Ainsi j'ai pu tremblé pour la vie de la jeune fille, jusqu'au bout. Le roi est confronté à ses deux rôles antagonistes : l'exercice du pouvoir et son statut de père, et un choix impossible.
L'amour entre Iphigénie et Achille est fort, beau, puissant. Achille se bat pour sa belle, envers et contre tous, tout comme la reine qui refuse de la laisser mourir.
J'ai retrouvé avec plaisir l'épure racinienne, la beauté des vers que j'ai déjà louée dans mes deux précédentes critiques. Là encore j'ai véritablement été transportée par la pièce, qui vise juste et se révèle redoutablement efficace. Rien n'est manichéen, tout est subtil. Le père ne cesse de se raviser, de changer d'avis. Il est réellement torturé. Le personnage d'Eriphile est magnifique également, femme jalouse, prête à tout pour parvenir à ses fins, une femme que l'on prend finalement en pitié. Et que dire de l'héroïne : encore un sublime personnage féminin, courageuse, elle qui a pourtant la vie devant elle.
Tous les éléments sont là : des personnages royaux face à leur destin, la passion, la jalousie, la trahison...
Décidément j'aime de plus en plus l'oeuvre de Racine. Ici, c'est une tragédie qui se termine bien puisque Racine arrive à sauver Iphigénie par une pirouette. Mais ce n'est pas plus mal je trouve, on évite ainsi le côté caricatural que la tragédie peut parfois avoir.




vendredi 24 avril 2015

Le Mariage de Figaro de Beaumarchais

Je vous épargne et surtout je m'épargne le résumé de cette pièce. Entrons tout de suite dans le vif du sujet, c'est à dire mon opinion. J'ai un ressenti assez étrange par rapport à cette pièce, j'ai même un peu de mal à dire si je l'ai vraiment appréciée ou pas. Il faut dire aussi que je ne l'ai pas vraiment lue dans de bonnes conditions : le plus souvent dans des moments où je n'étais que peu concentrée, où il y avait du bruit... Ainsi je suis passée à côté de certains rebondissements, je n'ai pas toujours très bien compris l'intrigue, obligée même d'aller regarder des résumés actes par actes sur Internet. J'ai ainsi découvert que je n'avais pas du tout compris certaines choses, à ma grande honte...

Ainsi j'ai eu du mal à vraiment être absorbée par l'oeuvre, je ne m'attachais pas trop aux personnages, la lecture fut quelque peu laborieuse. J'avais toujours un train de retard, je ne voyais pas certains sous-entendus. Je ne lisais que peu de pages à la suite, j'avais tendance à être distraite.

Pourtant la pièce n'est pas sans regorger d'atouts. Elle est très bien pensée, bien écrite aussi. Les rebondissements sont effectivement nombreux, imprévisibles, il y a une vraie théâtralité, toutes les formes de comiques sont présentes. Le valet Figaro va rivaliser d'ingéniosité pour contrecarrer les plans de son maître, qui courtise sa fiancée Suzanne. Il y a de très nombreux personnages, hauts en couleurs. Cela a contribué à me perdre un peu... Il y a de véritables morceaux de bravoure, des monologues flamboyants, des scènes où on a pas le temps de respirer. J'ai aimé cette insouciance des personnages qui défient leur maître, la Comtesse est elle aussi très comique, de même que Chérubin : en fait ils sont tous comiques. Les personnages sont vivants, intrépides, amoureux. Ils sont prêts à tout pour parvenir à leurs fins mais toujours dans le rire et la bonne humeur. C'est donc une vraie bonne comédie, à l'intrigue travaillée, au fort potentiel comique. L'auteur n'a pas peur de faire monter énormément de personnages à la fois sur scène. On se cache, on se déguise à tout va.

En un mot tous les éléments étaient réunis pour un véritable coup de coeur. C'est en cela que mon ressenti est étrange : au final j'ai eu du mal à en venir à bout, à être complètement dedans, à suivre les personnages dans leurs péripéties. Je n'en tiens absolument pas rigueur à l'oeuvre, peut-être n'était-ce pas le bon moment pour la lire. Ou peut-être y avait-il un peu trop de tout pour moi... En tout cas mon impression reste positive, et je n'ai pas grand chose à reprocher au mariage de Figaro. Parfois, la magie n'opère juste pas.



samedi 18 avril 2015

La Machine Infernale de Cocteau

Je continue mon épopée théâtrale par la lecture de la Machine Infernale de Cocteau. C'est une réécriture du mythe d'Oedipe que tout le monde, je présume, connaît du début à la fin. Et c'est là tout le talent du dramaturge : nous faire redécouvrir l'histoire, la moderniser. Les éléments de base du mythe sont conservés mais Cocteau introduit par exemple des boîtes de nuits à Thèbes. Il actualise le langage des personnages, plus naturel. Il y a également une sacré dose d'humour : le devin surnommé "Zizi", l'espièglerie de Jocaste... Le personnage du Sphinx est formidable : Cocteau en fait une jeune fille désabusée, charmée par Oedipe. J'ai vraiment aimé le passage où ce sphinx version 2.0 apparaît, c'est très intéressant. 
L'auteur a véritablement cherché à montrer le caractère implacable, inexorable du tragique. Une Voix résume les scènes auxquelles on va assister. J'ai beaucoup aimé ce parti-pris, ne pas chercher à créer le suspense dans un récit dont on connaît tous la trame. L'intérêt est ailleurs : le ton léger, l'ironie tragique, le souffle de modernité qui balaie Thèbes. J'ai vraiment apprécié ma lecture puisque cela m'a permis de me replonger dans ce mythe que j'aime beaucoup, tout en me divertissant. 
J'ai trouvé que Cocteau désacralisait très bien l'histoire, faisait des personnages de simples êtres humains. On sourit, on se délecte surtout grâce à Jocaste et sa liberté de parole. Je n'ai pas eu de difficulté lors de ma lecture, je n'ai pas décroché du texte comme cela m'arrive souvent lorsque je lis du théâtre.
Au final le dramaturge a réussi son pari : actualiser Oedipe. Toutefois je pense qu'il aurait pu aller encore plus loin dans l'humour, dans la modernisation, dans l'anachronisme. On a parfois l'impression que le détachement d'avec le mythe n'est pas aussi abouti qu'il pourrait l'être. Ceci dit, c'est une très bonne pièce mais qui ne vaut certainement pas l'Antigone d'Anouilh, beaucoup plus lourde de sens. 

 

mercredi 15 avril 2015

Le vin de la colère divine de Kenneth Cook

Quel titre magnifique, n'est-il pas ? Ce livre traite de la guerre du Vietnam, avec tout ce que ça implique. On suit un jeune soldat, fervent catholique qui s'engage pour "chasser les communistes" et qui, au final, ne sait plus en quoi croire ni à quel saint se vouer.
J'ai beaucoup aimé ce roman. Le personnage principal est très intéressant car il a un grand recul vis à vis de la guerre, de lui-même mais on sent bien que tout ceci n'est qu'une carapace qui l'empêche de s'effondrer. Il va voir des gens mourir de façon atroce, des soldats, des femmes, des enfants... Tétanisé durant les combats il est tout juste capable de tirer à l'aveuglette, comme en dehors de lui-même. Chaque épisode décrit est très intense. Evidemment, il y a des scènes insoutenables, la réalité de la guerre est très bien retranscrite. Il y a également le récit des permissions du héros durant lesquelles il découvre la vie locale, rencontre un homme mystérieux nommé Santi au cours d'une soirée de beuverie.Le soldat est véritablement perdu avec dans les mains des idéaux dont il ne sait que faire et que personne ne semble partager : valeurs chrétiennes... J'ai trouvé remarquable la façon dont sont écrites les scènes de bataille, on est véritablement en apnée, immédiatement transporté au Vietnam. En particulier la scène de bataille finale, véritable apothéose de violence, de mort, une boucherie sans nom... Ces dernières pages n'ont laissée haletante, pantoise.
C'est vraiment un excellent roman, plutôt court. Au début j'ai eu du mal à accrocher avec le personnage, tellement déconnecté de lui-même et à côté de ses pompes, son caractère résigné, "coincé" dans son éducation chrétienne. Mais finalement je trouve justement remarquable ce personnage dont on ne sait presque rien, qui semble exister uniquement par la guerre. Il a des théories particulièrement, notamment sur les "vrais" et les "faux" soldats. Parfois, il lâche des réflexions qui ne paient pas de mine mais qui en fait, résument tout. Ses interrogations, ses doutes par rapport à cette guerre sont bouleversants. Il y a également tous les autres personnages : le "soldat pacifiste" Karl, les brutes de soldat, l'ingénieux officier Roberts...
Par ailleurs, j'ai trouvé la "révélation finale" par rapport à Santi un peu de trop, trop artificielle. Ce n'est que mon avis.
Pour conclure un excellent roman sur le Vietnam, très facile à lire et qui retourne véritablement.
Il est très accessible pour tous, pas besoin de connaître en profondeur le conflit.



mardi 14 avril 2015

L'Ile des esclaves de Marivaux

Après avoir lu Le jeu de l'amour et du hasard, qui m'avait franchement plu (voir ma critique) j'ai souhaité continuer avec celui-ci. Iphicrate et son valet Arlequin, Euphrosine et sa servante Cléanthis se retrouvent sur une île où les règles changent, où les rôles s'échangent : les valets prennent la place des maîtres.
Cette comédie est très courte, je l'ai lue en à peine une demi-heure. Comme dans "Le jeu de l'amour et du hasard", on jette le superflu, on va au plus efficace. On ne s'embarrasse pas d'expliquer le contexte : quelle est cette mystérieuse île ?
La pièce se révèle donc vraiment concise et agréable à lire. Il y a des scènes réellement drôles mais il y a derrière une vraie réflexion. Les maîtres ne devraient-ils pas faire un peu plus de cas de leurs valets ? Toujours sur un ton léger et avec humour, évidemment. On assiste a des scènes cocasses lorsque les valets tentent de "jouer aux nobles".
Ce que j'apprécie particulièrement dans les deux oeuvres de Marivaux que j'ai pu lire c'est la modernité, la fraîcheur. Il y a une volonté de remuer, de questionner les classes et l'ordre établi. Il y a peu de personnages, on se concentre vraiment sur l'essentiel. Cependant la fin me laisse presque sur ma faim (haha) : c'est si court ! Et puis je la trouve un tantinet caricaturale, pleine d'effusions mais au final je pense que c'était la meilleure manière de conclure brièvement. Il est vrai que l'oeuvre m'a laissé un goût de trop peu, j'aurais bien aimé approfondir plus la réflexion au travers de cette île utopique. Quoi qu'il en soit au moins c'est très facile à lire, et ça on apprécie !
Encore un bon point de marqué pour Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, je commence vraiment à aimer ces pièces toujours drôles, de bon ton et menées avec brio.





samedi 11 avril 2015

Hernani de Victor Hugo

Dona Sol est promise à Don Ruy Gomez mais son coeur va en réalité à un brigand nommé Hernani. Pour compliquer encore les choses, le roi Don Carlos la courtise également. La passion amoureuse qui unit Hernani et Dona Sol est donc sans cesse contrariée.

Bon... Je n'ai pas trop aimé cette pièce, malheureusement (eh oui, ce sont des choses qui arrivent).
Je vais m'empresser de vous dire pourquoi. J'ai eu beaucoup de mal à lire cette pièce, je devais me forcer pour lire une scène de plus, j'avais même hâte de la finir et vous en conviendrez, c'est un signe qui ne trompe pas ! Je n'ai pas eu l'impression de m'attacher aux personnages, je ne me suis pas réellement intéressée à la relation entre Hernani et Dona Sol. J'ai eu du mal à me concentrer sur l'essence de la pièce, sur cet amour terriblement contrarié. Trop de péripéties, d'interventions rocambolesques, de lamentations, de changement de lieux... Je sais, je suis une effroyable conformiste qui aurait tout à fait eu sa place parmi les ardents défenseurs du classicisme lors de la fameuse bataille d'Hernani. Quoi qu'il en soit, lorsqu'il y a trop d'éléments mon attention se perd, mon esprit divague et je m'éloigne inexorablement de l'intrigue, c'est comme ça.
Je ne ris pas, je ne m'émeus pas : la pièce me laisse sur ma faim. Indubitablement le genre théâtral n'est pas là où je préfère ce cher Hugo, loin s'en faut ! Je ne parviens pas vraiment à entrer dans ce drame romantique. Malgré les nombreux rebondissements, je me suis même un peu ennuyée... J'ai eu tendance à me perdre lors des tirades.

Néanmoins, ne voyons pas tout en noir : je suis quand même contente d'avoir enfin lu Hernani pour pouvoir en parler. En un sens j'apprécie l'audace de ce drame romantique, je la salue même : c'est coloré, vivant, les décors changent, il y a de l'action, c'est indiscutable. L'histoire d'amour reste belle et l'idée d'avoir trois hommes aussi différents est sympathique. J'apprécie toujours ce cadre espagnol, ambiance "toison d'or et grands d'Espagne", la lutte de pouvoir. Par ailleurs, la force de l'amour de la demoiselle pour son brigand d'amant, alors qu'elle est courtisée par le roi d'Espagne et futur empereur (excusez du peu !) est belle, touchante. La fin reste émouvante bien qu'un peu caricaturale. Par ailleurs j'ai beaucoup aimé le panache du personnage d'Hernani et la grandeur d'âme du roi, au contraire de Gomez... Il y a des passages vraiment drôles, comiques également (le moment où le roi est enfermé dans l'armoire...)

Pour conclure, cette pièce est une mixture audacieuse de choses intéressantes voire émouvantes/drôles, mais je n'ai pas vraiment su comment l'aborder ni quoi en retirer. La lecture fut un poil pénible, pas assez distrayante à mou goût et je doute que la pièce me laisse un souvenir impérissable.

jeudi 9 avril 2015

L'Amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder

Une jolie surprise que ce livre.
L'histoire d'un couple qui bat de l'aile, Marc et Anne. Marc est tombé amoureux d'une autre femme, Alice, qui le repousse plus ou moins et qui est elle-même mariée.
En fait l'auteur apparaît plus que fréquemment au travers de Marc, on a majoritairement l'impression que Beigbeder s'adresse directement à nous.
Je disais donc, ce roman est une très jolie surprise. Tout d'abord, je vous l'avoue, je n'aime pas particulièrement le personnage qu'est Beigbeder, il a même tendance à m'insupporter lorsque je tombe sur lui à la télé. Or, j'ai beaucoup aimé la distance, le recul, l'auto-dérision dont il fait preuve. Il ne cesse de dédramatiser ce qu'il raconte, et je me suis surprise à sourire à de nombreuses reprises. Le ton est léger, c'est très agréable à lire et je l'ai véritablement dévoré. La plume est acérée, agile, les chapitres sont courts.
J'ai beaucoup apprécié la réflexion développée au sujet de l'amour, devenu une sorte de produit de consommation dont on se lasse vite. On suit le cheminement du narrateur à propos de sa fameuse thèse de l'amour qui durerait trois ans seulement, et c'est particulièrement intéressant. J'ai aimé le cynisme, l'humour dont Beigbeder fait preuve à propos de sa vie de fêtard, de mondain.
Le livre est incroyablement frais, moderne, dans l'air du temps et porte un regard satirique sur les hommes et leurs histoires d'amour. Il traite de la routine qui s'installe, du fait qu'une femme est toujours plus plaisante lorsqu'elle ne nous appartient pas, de la rencontre, de la passion, de la jalousie... Des thèmes somme toute très universels. Au final, l'auteur termine par une jolie pirouette.
Je me répète mais j'ai vraiment été agréablement surprise, j'ai eu bien du mal à lâcher le livre avant de l'avoir finit et ma lecture fut vraiment plaisante.

mercredi 8 avril 2015

Andromaque de Racine

Après Phèdre, je me suis attaquée à Andromaque !
Je m'épargne de raconter le noeud de l'intrigue, vous trouverez sans mal des résumés si cela vous intéresse.
Je vais donc me contenter de donner mon avis. N'y allons pas par quatre chemins : j'ai beaucoup aimé. Ai-je besoin de rappeler la perfection du vers racinien ? Les passions s'entrecroisent, sont contrariées et jamais réciproques. Les amours se lient sur fond de guerre de Troie et d'intérêts politiques. Les choix sont cornéliens : Andromaque acceptera t-elle le mariage avec Pyrrhus pour sauver son fils ?
Ce que j'apprécie particulièrement, c'est la subtilité du texte : on devine la folie, la détresse, la passion. Les personnages sont désespérés, prêts à tout par amour alors que les enjeux politiques sont énormes... J'ai adorél'intensité dramatique entre ces quatre personnages : Oreste qui aime Hermione, fiancée à Pyrrhus, Pyrrhus qui aime Andromaque... Un noeud apparemment inextricable de sentiments contrariés, de jalousie, de désespoir. Hermione est un personnage assez fascinant de folie, femme blessée qui n'hésite pas à demander à Oreste de tuer son ancien amant. Et que dire d'Andromaque, qui paraît étrangère à tout, hantée seulement par le visage de son défunt époux Hector, habitée par son amour de mère... Ce sont assurément deux grandes héroïnes, chacune à leur manière, éclipsant les deux hommes qui les entourent.

Réellement, les tragédies raciniennes sont exceptionnelles, rien que pour le sublime de la langue française. La passion et la noirceur qu'elle engendre sont une nouvelle fois portées à leur paroxysme, au coeur de la pièce, servies par un style époustouflant.

Je me répète, mais je m'ennuie vite en lisant du théâtre et Racine réussit une nouvelle fois à me captiver.

lundi 6 avril 2015

Le gardien de phare de Camilla Läckberg

J'ai enfin trouvé le temps de dévorer le dernier tome de la prolifique et talentueuse suédoise, et comme d'habitude cela a été un vrai plaisir ! 

Ici il s'agit d'une femme nommée Annie, qui se réfugie sur une mystérieuse île baptisée "L'île aux esprits " par les gens du cru. Dans le même temps, la police est confrontée à la mort d'une homme, Mats, apparemment sans histoire ni vie personnelle. Au cours de leur enquête Patrick et ses camarades seront amenés à voguer dans les eaux troubles du monde des femmes battues... 
Comme de coutume on suit en parallèle la vie des différents membres du commissariat. Après le décès prématuré de l'enfant que portait Anna, la soeur d'Erica n'est plus que l'ombre d'elle même. Erica doit faire face à sa culpabilité d'avoir, au contraire de sa soeur, ses jumeaux en pleine forme. Quant à Paula, des tensions dans son couple se font sentir alors qu'elle et sa compagne vivent à plein temps avec Bertil Mellberg, le chef du commissariat et Rita. 

Encore une fois, j'ai beaucoup aimé ce roman. Je commence à penser que je suis incapable de la moindre objectivité lorsqu'il s'agit de ma chère Camilla. De nouveau la formule a très bien fonctionné pour moi. Dès le début j'ai été happée par le mystère entourant la mort de Mats, par cette île étrange... L'auteure multiplie les fausses pistes et les personnages sans lien apparent entre eux.Je n'ai pas grand chose de plus à dire, j'ai trouvé la trame efficace. J'ai apprécié l'atmosphère particulière, un peu fantastique de ce tome. Les fameux "flash-back" qui caractérisent désormais le style de l'auteure sont toujours intéressants. Je n'ai rien trouvé à reprocher à la fin du livre non plus. L'histoire m'a captivée, les éléments s'enchaînant implacablement jusqu'à la résolution finale.Je m'attache de plus en plus à tous ces personnages nés de l'imagination de l'auteur, à cette petite ville.

Cependant, quelques petites choses : du côté de la vie privée des membres du commissariat, j'ai été un peu déçue. Rien de neuf sous le soleil, quoi. Erica qui console Anna, Patrick surmené, Mellberg transformé en papi gâteau... Par ailleurs, l'écrivaine multiplie tellement les histoires dans ce tome que certaines n'ont même pas vraiment de conclusion : Madeleine, Anders et Vivianna... On reste un peu sur notre faim. L'auteure tisse de (trop) nombreuses toiles, et on se demande parfois ce que certaines viennent faire là. J'ai lu de nombreuses critiques qui se plaignaient du fait que les ficelles devenaient trop grosses, du caractère répétitif des tomes, d'une certaine redondance qui s'installerait.
Je ne partage pas tout à fait cet avis : ce tome a réussi à m'emporter et me surprendre aussi bien que les autres. Toutefois il est vrai que l'on commence à s'habituer un peu : Mellberg et Gosta qui multiplient les gaffes, Erica qui fourre son nez partout... Un peu plus de neuf et d'audace ne seraient pas de refus.

En résumé, encore un très bon opus, un bon livre pour se détendre et oublier le quotidien. Mais parfois j'ai l'impression que je perds tout libre-arbitre lorsqu'il s'agit de Patrick et de ses camarades !  Attention chère Camilla à ne pas lasser et tomber dans la facilité...

mercredi 1 avril 2015

Les jeunes et la littérature

J'aimerais parler aujourd'hui d'un sujet qui, vous commencez à le savoir, me tient particulièrement à coeur : la littérature.
Cela me désespère de constater que nombre de mes camarades ne daignent pas lire les oeuvres indiquées par le professeur, se contentant de chercher de maigres résumés sur Internet. Quel dommage ! Je me refuse à dire que le goût de lire est en perdition chez les adolescents, je me refuse à proférer "qu'avec Internet et toutes ces choses là, forcément les livres paraissent moins intéressants hein". Bien sûr, l'ère du numérique a ouvert des horizons très larges, nous donne des possibilités de distraction et d'apprentissage inouïes. Mais il serait stupide d'enterrer trop vite ce bon vieux papier...

Je suis d'avis qu'on ne devrait pas, dans un premier temps, forcer les jeunes à lire des "classiques", comme on aime à appeler ces oeuvres ayant, aux yeux du plus grand nombre, marqué la littérature. Je pense qu'il faudrait d'abord dire aux collégiens, aux lycéens, de lire tout simplement. Lire ce qui leur fait plaisir, les intéresse, lire Hunger Games, lire des romans à l'eau de rose, mais lire. C'est déjà un premier pas fait en direction du monde merveilleux de la lecture, un premier pied posé dans les étranges et merveilleuses contrées des rayonnages de la bibliothèque. Lire, même des livres actuels, permet à coup sûr d'enrichir son vocabulaire, d'améliorer son orthographe. Donc, j'aimerais bien que les professeurs encouragent davantage leurs élèves à lire ce qui leur plaît avant tout. Evidemment, si l'on commence par lire Mallarmé, il y a de quoi se dégoûter...

A mon humble avis il y a une trop grande sacralisation de ces fameux classiques. Déjà, cela me paraît bien péremptoire d'étiqueter ainsi certaines oeuvres,  tout cela est bien subjectif. Pourquoi telle oeuvre serait-elle considérée comme "à lire absolument, sous peine de se faire taxer d'ignorant et d'inculte" et pas telle autre ? C'est déjà un premier point. Ensuite, ces fameuses oeuvres peuvent parfois faire peur aux jeunes adultes. Pour certains, ouvrir un Balzac revient à entrer dans un musée où on a le droit de toucher à rien et où on doit chuchoter. J'ai l'impression qu'il y a tout un cérémonial autour de certains auteurs, de certains oeuvres et cela peut rebuter. Lorsque l'on ouvre "Du côté de chez Swann", des dizaines années d'analyses, de réflexion,  de débats, de critiques dithyrambiques s'abattent sur nos têtes. Lorsque les enseignants prononcent le nom de Joachim du Bellay d'une voix feutrée, on s'imagine presque qu'ils nous demandent de lire un grimoire ! Par la suite, il y a une injonction à comprendre le livre dans un premier temps et à en saisir la beauté. Après tout, n'est ce pas un "classique" ? L'élève qui n'appréhende pas une oeuvre ni ne l'apprécie peut bien vite se sentir idiot et abandonner à tout jamais l'idée de lire les oeuvres classiques.

Voici donc ma thèse : arrêtons d'enfermer les grands auteurs dans des cages dorées. Oui, on a le droit de ne pas aimer Zola, oui on peut trouver Flaubert ennuyeux à mourir. Le tout est de savoir pourquoi on n'a pas aimé, et pour cela d'essayer de lire les oeuvres de ces auteurs. La littérature réserve de belles surprises, et on n'est jamais à l'abri de se révéler en inconditionnel de Maupassant.
De même, ce n'est pas grave si on ne saisit pas tout ce qu'il y a saisir d'une oeuvre. Je prends l'exemple d'un recueil de poème : l'un d'entre eux va vous toucher profondément, les autres ne seront peut être qu'incompréhensible charabia et vers sibyllins... Et bien, gardez précieusement en tête ce poème, peut être apprécierez vous les autres plus tard, peut être jamais ! Et alors ?

Valorisons la littérature au sens large et insufflons un peu de modernité dans ces poussiéreux classiques, que diable !