mercredi 20 mai 2015

Les Hauts de Hurlevent

Quelle agréable surprise que cette lecture. Alors que je m'attendais à un style ennuyeux, rébarbatif, laborieux il n'en fut rien. En effet le récit est extrêmement vivant, puisqu'il est la majorité du temps raconté par la domestique Hélène Dean ou par d'autres personnages. On a ainsi vraiment l'impression d'être au coeur de l'action, au coeur des drames traversés par cette étrange mais ô combien fascinante famille. La lecture est donc très plaisante, facile. J'ai aimé le fait qu'on nous raconte cette histoire bien après les évènements, on a vraiment l'impression de remonter le fil du temps. Et puis il y a cette ambiance si particulière, on oublie totalement le décor, le contexte pour se concentrer sur les relations entre les personnages. Dans mon esprit, il n'y avait qu'Hurlevent et la lande. On fait totalement abstraction de tout ce qui n'est pas directement lié à l'histoire des personnages, à leur psychologie. Il n'y a pas de description superflue, de fioritures stylistiques inutiles et parfois ça fait du bien. Attention, je ne dis pas que c'est mal écrit, bien au contraire puisque le style est véritablement au service du récit. Le fait que ce soit raconté par Nelly contribue grandement à cela.
L'atmosphère est vraiment étrange, fantastique, sombre voire malsaine par moments. Cette lande, cette nature sauvage est-elle seulement battue par les vents ? Des fantômes ne trouvant pas le repos ne seraient-ils pas en train d'y errer ?
J'avoue que l'histoire s'étalant sur un grand laps de temps, la généalogie de la famille s'est quelque peu brouillée vers la fin. Qu'importe, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire. Le personnage d'Heathcliff est remarquable tant il est détestable, tant son âme est noire. Mais les autres ne sont pas en reste : Joseph qui ne cesse de lire la Bible tout en étant le plus mauvais chrétien qui soit ; le jeune Linton insupportable... Catherine la capricieuse qui rend les hommes fous, elle qui est à l'origine de tous les drames. Ils sont dévorés par leurs passions, destructeurs pour eux mêmes et pour les autres. Malgré cela, on ne peut s'empêcher de compatir aux tourments de cette famille. C'est le cas pour Heathcliff, personnage ambigu, rustre, violent, fou amoureux. On le déteste mais on ne peut oublier qu'il a été cet enfant rejeté des premières pages. On suit les personnages jusqu'à l'âge adulte et jusqu'à la mort, on ne peut que constater les dégâts d'une mauvaise éducation, d'une enfance difficile.
La fin est très jolie, elle conclut en beauté le roman, lueur d'espoir au bout du tunnel.
Bon je vais m'arrêter là, j'ai beaucoup aimé, on ne s'ennuie pas : lisez le !

dimanche 17 mai 2015

Les Contemplations de Victor Hugo

Ce fut long, mais ça en valait la peine ! Je suis enfin venue à bout de ce recueil, de ce pavé de poèmes. J'avoue avoir un peu triché : j'ai sauté certains trèèèès longs poèmes (une dizaine de pages parfois !). En effet je trouve que la saveur d'un poème se délaye avec le nombre de pages, mais surtout ma concentration tend à s'évaporer en cours de route. Ainsi je suis fière de pouvoir dire que j'ai lu presque l'intégralité des Contemplations.
Que dire ? C'est magnifique. A travers ces vers j'ai découvert (rime interne, attention) l'homme qu'étais Hugo, du moins l'homme qui se laisse deviner. Un homme simple, qui ne se lasse d'admirer les merveilles de la nature et de s'incliner devant elles. Un homme qui aimait plus que tout autre chose ses filles, sa famille étant sa richesse la plus précieuse. Un homme chrétien, qui s'incline devant Dieu tout en étant avide de connaître les mystères de ce monde. Pour lui, la plus grande preuve de foi semble être d'offrir un quignon de pain à un nécessiteux, de tendre la main aux plus pauvres.
C'est donc cette simplicité du poète, cette simplicité du vers qui m'a touchée. L'auteur est toujours humble, ne cesse de rappeler la finitude de des êtres humains.
Et il y a bien sûr cette césure ô combien tragique de l'année 1843, année de la mort de sa fille Léopoldine. Dès lors, la douleur du poète transpirera au travers des pages. Le poète se laisse aller à des réflexions existentielles sur la mort, sur Dieu, sur les êtres humains. La seule chose qu'il souhaite de tout son coeur, c'est de déposer "un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur" sur la tombe de l'enfant chérie. Mais il ne le peut pas : exilé sur l'Ile de Jersey, il contemple le monde d'un oeil mélancolique, lui qui a tout perdu.
Stylistiquement parlant je ne vais rien vous apprendre en chantant les louanges de celui qui fit une tempête au fond de l'encrier. Le talent est incontestable, le style est riche mais toujours accessible, jamais prétentieux. On a ici une oeuvre complète, tout l'univers et la vie d'un homme (et Dieu sait que celle d'Hugo fut riche), mais aussi une oeuvre universelle, en mesure de parler à tout un chacun.
Je n'ai pas compris certains poèmes (références Bibliques que je ne connaissais pas) mais je ne m'en inquiète guère : ce sera une occasion de les relire. Tout vient à point à qui sait attendre !
Une oeuvre formidable, que je suis ravie d'avoir lu et que je relirai plus tard avec plaisir. Cependant, dans mon coeur Baudelaire et ses fleurs sont indétrônables...