lundi 29 juin 2015

Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos

Une fois n'est pas coutume, je n'ai pas envie de raconter la trame de ce roman. Je préfère largement, si vous ne l'avez pas lu, vous laisser la découvrir par vous même. Sachez seulement que cette oeuvre est un roman épistolaire (uniquement composé de lettres) sur fond de libertinage. Voilà, cela vous plante bien le décor.
J'ai réellement adoré ce livre. Et heureusement, car il comporte plus de 500 pages ! Mais je vous promets qu'il vaut la peine d'être lu. Je n'avais jamais lu de roman épistolaire et j'ai beaucoup aimé cette forme de roman, c'est très original. Les personnages se livrent à des jeux de persiflage, il y a sans cesse des sous-entendus, de l'implicite... D'ailleurs, tout est dit dans ce roman à demi-mots, suggéré, tout est très fin. J'avais peur de me lasser de ce long recueil de lettres mais il n'en fut rien, bien au contraire !
Ces lettres sont savoureuses, en particulier celles échangées entre Valmont et Merteuil : le ton est acerbe, la verve est toujours là. J'ai à la fois adoré et détesté ces deux libertins, prêts à tout pour parvenir à leurs fins, n'ayant aucune pitié pour leurs malheureuses victimes. Leurs manigances sont tout simplement géniales, délicieuses, il y a sans cesse des rebondissements. Il y a des scènes vraiment très drôles, racontées avec humour et ironie. La façon dont ils se jouent de la naïveté des autres personnages (Dancecy, Cécile...) est odieuse mais géniale. Ils ne sont jamais à court d'idée pour faire succomber leurs proies respectives. Leur relation est inégalable, un peu à la "je t'aime, moi non plus". Ils oeuvrent de concert mais sont toujours prêts à railler l'autre voire pire (la fin du roman si vous l'avez lu...) !
Cette subtilité dans l'écriture, cette finesse d'esprit pour évoquer les scènes crues m'a vraiment plu, cela m'a changée de toute cette vulgarité qui nous entoure malheureusement...
Que la situation de Mme de Tourvel est tragique, prise au piège de l'amour sans possibilité de retour, sans parler de Cécile... Tous les personnages apportent vraiment quelque chose, toutes les intrigues mêlées sont intéressantes. Je craignais de ne pas aimer ce livre, d'y trouver des hésitations sans fin, des histoires qui tournent en rond... Et comme vous l'avez compris, c'est tout l'inverse.
Il y a eu un seul moment dans le livre où j'ai eu un peu plus de difficulté, où j'ai relevé quelques longueurs mais rien qui puisse gâcher le plaisir de ma lecture.
La fin m'a vraiment surprise, je l'ai beaucoup aimée. Elle est à la hauteur du récit, assez cruelle, et le parachève magnifiquement. Jusqu'à la dernière page je me disais "Mais non, ce n'est pas possible !".
Je vous le conseille bien évidemment et vous encourage à le découvrir si ce n'est pas déjà fait (allez, c'est l'été !)




Image issue du film (que je n'ai d'ailleurs pas vu, vaut-il le coup ?)

dimanche 28 juin 2015

Ouvrir un blog

Lorsque j'ai décidé d'ouvrir ce blog, je ne m'attendais pas à en faire mon métier, à être contactée par des marques, invitée à des événements, je ne m'attendais pas non plus à crouler sous les commentaires au point de manquer de temps pour répondre à tous. Non, rien de tout cela.
Il y a désormais tellement de blogs, l'offre est tellement vaste (et les blogs de lecture n'échappent pas à la règle) que j'étais évidemment consciente de la difficulté de s'imposer.
Tout ce que je voulais, c'était un coin du vaste Internet, un petit bout de la toile dans lequel je pourrais cacher mes songes, mes pensées, mes opinions. Une modeste cabane virtuelle, un peu branlante mais toujours là pour m'abriter. Oh bien sûr, si d'aventure un orage éclatait les gouttes d'eau passeraient certainement entre les branches maladroitement agencées. Mais qu'importe. En somme, je voulais me construire une antre, une tanière pour mes rêves. 
Certains trouveraient peut être angoissant ce silence lancinant sur mon blog, comme sur beaucoup d'autres j'imagine. Oui, je n'ai pas vraiment de commentaires sous mes articles. Je vais vous faire une confidence : ce silence, je le trouve apaisant. Il me plaît de m'adresser toujours au potentiel lecteur qui entrera par mégarde dans mon antre, après s'être aventuré trop loin dans les feuillages. Un jour, il écartera une branche, apercevra la lumière au fond d'une grotte peut être peu accueillante et poussé par sa curiosité, il entrera. Oui, cela me plaît beaucoup d'imaginer cela. C'est pour cela que je ne fais pas de réclame pour mon blog, de publicité, je n'incite personne à venir y faire un tour. Attention, soit dit en passant je ne méprise absolument pas ceux qui le font, loin de là. Mais je trouve ça tellement plus excitant de laisser quelqu'un pénétrer de lui-même dans ce minuscule carré du web. Alors, sans doute que ce blog restera pour toujours inconnu de tous, sans doute qu'il ne passera jamais à la postérité. Je refuse de placer cet espace dans une quelconque compétition, je refuse de le lancer à la conquête de parts de marché, ou que sais-je. Chaque vue, chaque commentaire prend alors un goût délicieux de surprise, de ravissement, le goût d'un met délicieux qu'on avait oublié et qu'on ne s'attendait pas à retrouver de sitôt. Merci d'ailleurs aux quelques personnes qui ont eu de si gentilles paroles à l'égard de cette Antre.
Je continuerai inlassablement à poster des critiques de chaque livre que je terminerai. Parce que cela me fait plaisir, cela m'apporte beaucoup de satisfaction et que c'est un formidable journal de bord à mes yeux. N'est-ce pas là l'important ? Bien sûr que je serais encore plus heureuse si mon blog pouvait rassembler les foules, évidemment que j'aimerais beaucoup recevoir de nombreux commentaires ! Sinon, à quoi bon avoir créé cet espace ? Mais en tout cas ce blog m'apporte de la joie, me donne l'opportunité d'exercer ma passion, à savoir l'écriture. Et ça, ça n'a pas de prix.
Comme toujours, merci à l'internaute égaré (ou consentant !) qui sera parvenu jusque là.
                      JackieDream

jeudi 18 juin 2015

Le Bac

Cela fait si longtemps que je n'ai pas posté autre chose qu'une critique littéraire ici. Il faut dire que le temps me manque : je m'apprête à passer les premières épreuves du baccalauréat. Pour en garder trace, j'ai donc décidé d'exprimer mon ressenti.
Le bac, c'est un peu particulier : lorsqu'on regarde les chiffres, on se dit volontiers "Aujourd'hui, tout le monde a le bac" ! En effet, les taux de réussite sont assez élevés de nos jours : près de 90 % ! Je lisais encore aujourd'hui un article dans lequel Luc Ferry expliquait que "pour ne pas avoir le bac, il faut en faire la demande". On peut être d'accord ou pas, mais on est bien obligé de reconnaître que les taux de réussite sont particulièrement élevés.  Et pourtant, on ne peut s'empêcher de craindre de faire partie des 10 % restants. Je ne me lancerai pas dans un débat sur le niveau du bac, mais je trouve cela plutôt paradoxal : d'un côté on assiste à une forme de déconsidération du Bac, de l'autre cela reste sans nul doute un moment-charnière de la vie des adolescents. Loin de nous rassurer, ces taux élevés engendrent surtout l'angoisse de faire partie de cette minorité qui échoue.
Quoi qu'il en soit cette épreuve reste un passage obligé, une étape vers la vie professionnelle et l'émancipation. A mon sens, le bac apparaît de plus en plus comme un diplôme nécessaire et de moins en moins suffisant. Enfin, il y a bac et bac : un bac avec mention très bien, ça reste très bien, du moins je le crois, et cela récompense un travail sérieux.
En tout cas malgré toutes ces déclarations du type "le bac ça vaut plus rien", force est de constater qu'il reste une grande source de stress et son obtention, fatalement, une grande source de joie. Cela reste une étape majeure dans la vie d'un lycéen. Et puis, au vu du nombre de reportages sur le sujet, on se dit que ce diplôme reste très important en France.
Bref, je suis parfois un peu perdue vis à vis de cet examen : tantôt je me dis "Ca va, ce n'est que le bac, il n'y a pas de raison que tu échoues", tantôt (le plus souvent) : "Meeerde il faut que je révise, c'est quand même le bac !!!"
Pour conclure, je pense que c'est facile de dire que le Baccalauréat ne vaut rien... quand on l'a déjà. Parce que lorsqu'on y confronté (ou en passe d'y être confronté), et bah on fait pas les malins, croyez-moi !
Bon, je vous laisse je dois aller réviser mon Bac.

lundi 15 juin 2015

Petites réflexions autour de la comparaison et du rapport aux autres

Un article écrit il y a bien longtemps, jamais publié. Je n'en suis pas vraiment satisfaite, mais qu'importe.

Progresser à son niveau, avancer dans sa vie c'est très difficile. C'est très difficile car la comparaison est toujours toute proche, comme le fruit défendu et la tentation est grande de s'en saisir. Mais lorsque l'on cède aux sirènes de la comparaison, ce n'est que désillusions et tristesse. Inévitablement, les autres sont meilleurs, ils sont plus beaux, plus forts, plus intelligents que nous. Ils ont l'air plus heureux, plus épanouis. Ils semblent avoir vécu plus de choses et les vivre plus intensément. Ils semblent tout réussir mieux que nous. Les questions qui nous tourmentent et nous obsèdent n'affleurent même pas leur esprit. Ces personnes paraissent plus abouties, plus complètes, plus saines aussi.

Mais à mon sens la comparaison est le plus grand de tous les maux, et particulièrement dans notre époque. Se mesurer aux autres est si facile, avec les réseaux sociaux notamment. Les autres sortent, rient, dansent, expérimentent, s'aiment. Les autres partent en vacances à l'autre bout du monde, les autres ont plus d'amis, sont plus beaux sur leurs photos.

Cependant tout cela n'est qu'un leurre, une chimère. Nous sommes les scénaristes, les metteurs en scène, les acteurs et même les spectateurs de nos propres vies. Personne ne postera une photo de lui avachi sur son canapé, en pyjama, débraillé avec un pot de Nutella à la main. Personne ne se localise en vacances à Besançon chez sa mamie. On tend à oublier cela : on ne montre sur les réseaux, et même dans la vie que ce que l'on a envie de montrer. Les personnes les plus enjouées et souriantes ne sont pas forcément les plus heureuses et cette fille qu'on envie tant est peut être elle même jalouse de nous !

Il faut éviter à tout prix de se comparer, à tout prix. La comparaison c'est la fin, la comparaison ébranle toute certitude, toute confiance en soi. La comparaison sape notre moral aussi sûrement qu'un jour de pluie alors qu'on avait prévu un pique-nique.

Il faut juste savoir se concentrer sur ses envies, ses vraies envies et pas celles que la société nous impose. Et Dieu sait que c'est difficile. Ne pas redouter l'échec car c'est lui qui nous fait avancer, mais ne pas s'enterrer dans l'échec. J'ai coutume de me dire que si quelque chose ne marche pas, passé un certain temps il vaut mieux essayer autre chose. Ne pas perdre du temps et souffrir, végéter dans des situations qui ne nous plaisent pas plutôt que d'affronter le regard des autres. On dit qu'il ne faut jamais abandonner : je ne suis pas d'accord. Il y a des moments où il vaut mieux abandonner plutôt que de s'acharner, s'obstiner. Pour moi, l'acharnement confine parfois à la bêtise. Paradoxalement, il faut aussi du courage pour abandonner et plus encore pour s'abandonner. Il faut être prêt à subir les réflexions des autres, souvent pleines de fiel car eux-mêmes n'auront jamais le courage de lâcher leur vie médiocre.

En tout cas il faut avancer coûte que coûte, même si on rampe, même si ça fait mal, même si on a l'impression que nos jambes ne nous portent plus. Il faut regarder son chemin et pas celui des autres, s'écouter et écouter ceux qui nous connaissent bien. On ne vaut pas moins qu'un autre, personne n'est en droit de nous juger. Même si à l'intérieur de nous on pleure, il faut garder le sourire et rester fort car il n'y a rien de pire que de paraître faible. Personne ne recherche la compagnie des faibles, personne n'a pitié d'eux. Les êtres humains sont comme des papillons de nuit : ils recherchent à tout prix la lumière, quitte à se brûler les ailes. En fréquentant les gens aimés et populaires, ils semblent penser qu'un petit rayon de soleil rejaillira forcément sur eux. Mieux vaut être dans l'ombre du populaire que de se tenir, au vu et au su de tous, aux côtés du mal-aimé.

Enfin, je m'égare, je m'égare. Si quelqu'un lit cela un jour, qu'il le prenne comme une réflexion abstraite, quelque chose que j'aimerai bien être capable de mettre en oeuvre moi même...

dimanche 14 juin 2015

Dom Juan de Molière

C'est devenu une antonomase (oui je suis en pleines révisions du bac de français) : on qualifie de "Dom Juan" celui qui aime courir jupons. En effet, Don Juan, accompagné de son valet Sganarelle ne cesse de séduire les femmes, multipliant belles paroles et promesses de mariages. On peut lui rendre justice d'une chose : il ne fait pas de distinctions de classes, contant fleurette aussi bien à la paysanne qu'à la noble.
Je suis déçue de ma lecture, moi qui affectionne tant Molière d'habitude. La pièce m'a laissée indifférente. Certes, il y a des moments savoureux, très drôles, des réflexions et des tirades très pertinentes. Mais je trouve que le tout manque cruellement de cohérence et de continuité : j'ai eu l'impression d'enchaîner les saynètes, sans grande progression de l'intrigue. En cela la lecture ne m'a pas transportée, chaque péripéties est close très rapidement. Il y a également la présence de merveilleux avec la statue avec la fin, élément que j'ai trouvé sans grand intérêt. Lorsque je n'aime pas vraiment une oeuvre, j'ai tendance à l'oublier très vite et c'est déjà le cas avec celle-ci (je l'ai terminée hier pourtant). Je crains d'être passée à côté, la pièce a suscité en moi divers sentiments sans lien réel entre eux : rire, réflexion... Le mot qui m'est venue à l'esprit en la lisant est"décousue", et cela résume bien mon opinion. Je ne la déteste pas mais elle ne m'a pas provoqué de vrais sentiments et émotions.
Néanmoins Molière garde évidemment sa place au panthéon de mes dramaturges préférés !

vendredi 12 juin 2015

Au Bonheur des Dames de Zola

Quel plaisir de retrouver celui qui est, sans doute, mon auteur français préféré ! Et ce n'est pas encore avec ce tome-ci des Rougon-Macquart qu'il me décevra, bien au contraire.
L'histoire ? Denise Baudu, une provinciale sans le sou débarque dans le capitale avec ses deux frères. Son oncle et sa tante tiennent une boutique, le vieil Elbeuf, qui dépérit de jour en jour face à la concurrence de ce grand magasin qui ne cesse de pousser : le Bonheur des Dames. Bien vite Denise va devenir l'un des rouages de l'énorme machine et faire connaissance avec son ambitieux directeur, Octave Mouret. Elle va assister à la mort du petit commerce, aux faillites successives des boutiques alentours, incapables de tenir tête au grand magasin, à ses produits variés et bon marché.
Comme toujours avec Zola, on est complètement plongés dans le milieu étudié : on voit les étoffes chamarrées, on entend les vendeurs s'interpeller, la foule se presser dans les rayons... Comme Denise, on ne peut s'empêcher d'éprouver fascination et horreur mêlées devant ce rouleau compresseur que rien ne semble arrêter. J'ai retrouvé ce crescendo que j'aime tant chez cet auteur, le magasin qui s'agrandit, les sommes brassées qui sont toujours plus astronomiques, le choix de produits toujours plus grand, la clientèle qui se bouscule. Et parallèlement, les petits commerçants qui font faillites les uns après les autres, mais qui continuent de se battre contre une fin qui semble inéluctable. C'est une vraie plongée à l'intérieur du magasin, de cette mécanique bien huilée pour vendre toujours davantage. Chaque vendeur rêve de "manger" son supérieur, de prendre sa place, les ragots et commérages vont bon train. Avec le développement du Bonheur on assiste également à l'ascension de Denise, elle qui était traitée de tous les noms sera respectée de tous à la fin.
On est à cette époque charnière, celle de l'essor des grands magasins, si bien racontée par Zola. A la grande lutte des classes, des commerçants, se mêle le drame individuel. On a tous les points de vue : celui de la clientèle, de la concurrence, de Mouret lui-même, des vendeurs... La machine est impitoyable, broie les plus faibles, ceux qui ne peuvent faire face à la méchanceté des autres employés.
Et puis il y a Denise, personnage étonnant de droiture, de sincérité, de résilience. Elle subvient seule aux besoins de ses deux frères, ne veut pas d'homme dans sa vie. Elle trime pour grimper les échelons (l'affection du directeur l'y aidera aussi) . Elle refuse de se livrer aux hommes, toujours souriante malgré les ragots qui courent d'un bout à l'autre du magasin sur son compte. J'avoue qu'elle m'a quelque peu agacée quand même vers la fin du livre, ne sachant jamais ce qu'elle veut, je l'ai trouvée un peu niaise. La fin m'a d'ailleurs beaucoup surprise, complètement sentimentale et mièvre. Mais ma foi, un peu de douceur et d'amour ne fait jamais de mal.
Encore un énorme coup de coeur, peut être pas mon Zola préféré (je n'ai pas accroché jusqu'au bout avec le personnage de Denise), mais un excellent roman.