mardi 23 février 2016

L'herbe bleue

Le sempiternel livre, que chaque adolescent, croyais-je, se devait de lire afin de se tenir loin des drogues. L'histoire banale d'une jeune fille qui avait tout pour être heureuse (famille aimante...). Un jour, elle est droguée à son insu et fait son premier "voyage". Elle fait les mauvaises rencontres, teste LSD, tranquillisants, somnifères, héroïne, speed... Elle quitte sa famille, elle erre, elle revient...
Je l'ai lu très vite, car l'écriture est extrêmement simple et le roman assez court. Cette histoire ne m'a pas intéressée plus que ça, j'ai trouvé le style plutôt désagréable et la jeune fille assez godiche. Je ne me suis pas vraiment attachée à elle, ce qui fait que je n'ai pas vraiment compatis à ses malheurs. Je suis restée "en dehors" de l'histoire. On sent que ce roman a été écrit uniquement pour effrayer les jeunes et les alerter des dangers de la drogue (but très louable en soit). Cependant, le livre perd alors tout ce qui fait l'intérêt de la littérature : style, épaisseur du personnage, intrigue... La fin est sans surprise et tombe comme un cheveu sur la soupe, inévitable conclusion.
A mon avis, il y a bien d'autres livres qui sauront montrer les ravages de la drogue tout en garantissant le plaisir de la lecture !

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lundi 22 février 2016

Lettre à l'ancienne Moi

Oui, c'est à toi que je parle. Tu as quoi, 12 ans, 13 ans ? Tu es au collège depuis peu. Je sais que c'est pas facile pour toi. Tu es "l'intello", celle à qui les autres demandent les devoirs et les réponses durant les contrôles : ne t'inquiète pas, cela ne changera pas. Tu apprendras juste à dire non, et à être fière de tes notes. Tu n'aimes pas parler en classe, que les profs t'interrogent. Plus tard, tu arriveras à vaincre ta nature, à te prouver à toi-même que tu es capable de lever la main en classe. Mais pour n'aimeras pas plus ça ! Tu as très peu d'amies, mais vous êtes inséparables. Je te préviens : la seule personne qui demeurera dans ta vie avant le collège sera celle qui étais déjà là avant. Tu vois de qui je parle, hmm ? Les autres changeront, et disparaîtront peu à peu de ta vie, même si c'est difficile à croire.
Tu as l'impression de ne pas valoir grand chose. Tu as du mal à te forger des goûts, à te trouver. Tu as l'impression d'aimer tout et n'importe quoi. Pas de panique : tu arriveras à avoir de vraies opinions. Parler des livres que tu dévores deviendras même l'une de tes passions et tu découvriras tout plein d'artistes géniaux.
Tu fais semblant du contraire, mais tu envies tellement ces filles populaires, amies avec les plus beaux garçons, un peu rebelles. Plus vite tu te le mettras dans la tête, mieux ça ira : tu n'est pas comme elles et tu le ne seras jamais. Tu ne seras pas l'une de ces filles populaires, donc ne cherche pas à t'en rapprocher. Ah oui, autre chose : cesse de de vouloir que tout le monde t'aime. Ce n'est pas possible et ça ne le sera jamais.
Continue de profiter de tes parents, de tes grands-parents, de ton frère. Tu n'en as pas forcément conscience mais ce sont des moments précieux. Sois fière de ton frère et pas jalouse, plus tard il te manquera beaucoup, des milliers de kilomètres vous séparant.
Profite du temps que tu passes chaque mercredi au poney-club : tu y repenseras plus tard avec nostalgie. Quoi d'autre ? Arrête de te rabaisser, d'avoir honte, de ne pas oser faire les choses à cause du regard des autres : fous-toi de tout. Ces bagues et ces boutons ne resteront pas toujours sur ta figure et ton cuir chevelu produira un jour moins de sébum. Ah oui, aussi : arrête de porter 356 bracelets sur chaque bras, plus un collier, plus un serre-tête. On a compris que tu aimais Claire's.

Avant de te dire adieu - Mary Higgins Clark

Bon, j'ai voulu redonner une chance à cette auteure apparemment très populaire ! Je ne m'attendais certes pas à de la grande littérature, mais à un bon thriller qui pourrait me détendre et me captiver (comme sait si bien le faire mon cher M. Coben)
Je suis une nouvelle fois déçue. J'ai trouvé le livre mal écrit, les personnages pas du tout attachants. Leurs histoires ne me faisaient ni chaud ni froid. Nell est agaçante, elle a des réactions étranges et semble plus se soucier de sa carrière que de la mort de son mari. Je ne trouve pas leurs réactions, leur manière de parler et d'agir réaliste du tout. Je n'ai pas ressenti le suspense, je voulais simplement terminer le livre au plus vite. D'ailleurs, je n'ai pas compris la moitié des démêlés immobiliers qui font toute la trame du roman. L'aspect "mystique" ne m'a pas séduite non plus, j'ai trouvé qu'il n'apportait rien et était seulement là pour combler les manques de l'intrigue. Lors du dénouement final, j'ai simplement fait "Ah." Bref, vous l'aurez compris je n'ai pas du tout accroché et je passe mon tour avec cette écrivaine.

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samedi 13 février 2016

Brosse à dents solitaire

J'aimerais faire part aujourd'hui d'une anecdote qui m'a brisé le coeur. Mardi dernier était le jour du carnaval dans mon lycée. J'étais à la cantine et un petit garçon s'est installé à une table non loin de la mienne. Je pense pouvoir dire qu'il était en classe de 6ème, il devait avoir une douzaine d'années. Il était vraiment adorable. Il était déguisé en brosse à dents, et il était manifeste que ses parents l'avaient aidé à faire ce costume. J'ai attendu quelques minutes que d'éventuels amis le rejoignent pour le déjeuner, mais j'ai fini par me rendre à l'évidence : il mangeait tout seul. Après avoir fini son repas, il a remis son déguisement de brosse à dents et est parti, bravement. Cela m'a énormément touchée. Voir ce petit bout de chou solitaire m'a rappelé combien le collège et l'école en général est un monde cruel. Je me suis demandée si ses parents savaient qu'il n'avait pas trop d'amis, ou s'il leur mentait pour les rassurer. Je trouve cela tellement dur pour un jeune garçon, une jeune fille, d'être rejeté et pire, moqué, par ses semblables. Tellement cruel d'être assis seul en classe et à la cantine, d'être le dernier choisi dans les équipes de sport, d'entendre des quolibets lorsque l'on passe dans les couloirs. Je pense qu'on ne se débarrasse jamais vraiment de ce genre de souvenirs, cela marque à jamais. Ce qui m'a bouleversée c'est l'effort fait par ce collégien de se déguiser, comme une dernière tentative de s'intégrer malgré tout.
Alors oui, peut être tout cela n'est-il que spéculations. Mais je continue de croire qu'on n'accorde pas assez d'importance aux ravages que peuvent provoquer les moqueries, le rejet par les autres élèves. Le harcèlement scolaire peut définitivement briser des vies.

dimanche 7 février 2016

Carthage - Joyce Carol Oates

Dieu que j'aime Carol Oates. Dieu que cette femme a du talent. Celui de raconter l'Amérique et les êtres humains comme nul autre. Celui de sonder les sombres méandres de l'âme humaine. Chacun de ses livres est pour moi une claque magistrale...
Ici c'est une famille américaine, les Mayfield, qui vit dans une petite ville nommée Carthage. Le père, Zeno, est estimé pour ses fonctions de maire. Il a deux filles, Juliet et Cressida. L'une est belle, appréciée de tous, souriante et tranquille. L'autre est laide, "compliquée", tourmentée. Un jour, Cressida, la "laide" disparaît. Il semble alors que ce soit l'ancien fiancé de Juliet qui l'ai tuée. Brett Kincaid est en effet brisé, physiquement comme psychiquement, par la guerre d'Irak. Très vite, le jeune homme fait ses aveux, confirmant les soupçons qui pesaient sur lui.
Le livre est très dense, hypnotique. Encore une fois Joyce Carol Oates parvient à créer des personnages absolument convaincants, qui sonnent incroyablement justes. Des hommes et des femmes avec leurs faiblesses, mais qui s'aiment malgré tout très fort. J'ai trouvé le personnage de Cressida très puissant, allant jusqu'à m'identifier à cette jeune fille incomprise de tous, si fragile au fond. Il y a également des thèmes qui m'ont beaucoup plus : le retour au pays après la guerre, la prison, le couloir de la mort... Une plongée dans l'Amérique profonde, dans tout ce qu'elle a de plus excessif et de plus particulier. Je n'ai pas pu lâcher le roman, que j'ai dévoré. Le récit est écrit très habilement, l'auteure alterne les narrateurs et les points de vue, laissant toujours le lecteur dans l'expectative. Il y a ainsi un vrai suspense. J'ai trouvé l'histoire incroyablement touchante, bouleversante. Ces personnages sont tous blessés, chacun à leur manière, pourtant ils ne cessent de s'aimer et de se supporter les uns les autres. C'est donc aussi une très belle histoire d'amour, mais un amour de la vraie vie, fort et douloureux. Je crois que c'est ce que j'apprécie par dessus tout : la justesse des mots qui fait qu'on ne cesse jamais de croire au récit et aux personnages.
Que dire de plus, à part que cette écrivaine est définitivement l'un de mes auteurs préférés.

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samedi 6 février 2016

Amour où es- tu ?

L'amour. Ça a l'air tellement intense, tellement fort. Et moi, n'y ai-je pas droit ? Ils ont l'air si heureux, souriants, beaux. Ensemble. Et moi, ombre grise et maladive, je les épie jalousement, seule. Toujours seule. Je n'y arrive pas. Je ne peux pas. Le pourrai-je jamais ? Je n'arrive pas à parler, à m'exprimer. A le montrer. Je feint, je masque, je ment. J'en rêve tout le temps. Je ne pense pas y avoir droit. Je ne sais pas comment cela fonctionne. J'ai peur. Je n'ai pas l'impression d'être comme eux, pour qui tout semble tellement facile et évident.  J'aimerais bien, pourtant. Je fais des efforts, pourtant. Mais cette peur du rejet me paralyse. Tellement dur de fendre cette armure, de me délester de ces déguisements, de cesser cette mascarade. Tellement dur de vivre dans la vraie vie et pas dans un film où tout est bien qui finit bien. À bout de souffle. Qui sera capable de partager un peu de cette douleur avec moi ? Boire le calice jusqu'à la lie, se moquer du reste du monde. Prononcer ces mots que j'ai tant besoin d'entendre. Je suis lasse de vivre dans l'utopie. Apprenez-moi à me contenter de ces banalités, de ce "petit bonheur" qu'Antigone refusait pourtant. Je veux vivre mais j'en suis incapable. Aidez-moi à sortir de ce carcan. Guérissez mon âme malade. Partagez mes tourments. Écartez ces ténèbres rien qu'un instant de moi. Soulagez-moi.
Au fond, c'est la seule chose que je veuille vraiment, mon seul désir. Le reste n'est que pacotilles.

mardi 2 février 2016

Limonov - Emmanuel Carrère

Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu un aussi gros coup de coeur, et ça fait du bien ! L'histoire d'une existence, celle d'un russe aux multiples vies : petit voyou, SDF sur les trottoirs américains, écrivain reconnu, opposant politique, prisonnier...
Avec quel talent l'auteur mêle la petite avec la grande histoire ! En effet, à travers la biographie de Limonov, on fait une plongée dans l'histoire de la Russie du XXème siècle, du collectivisme à la glasnost et à la chute du Mur. J'ai trouvé l'homme assez fascinant, très complexe. Comme le souligne l'auteur, difficile de le classer comme un "bon" ou un "méchant". Sa vie est incroyable, imprévisible. Ses histoires d'amour sont douloureuses et se finissent mal.  J'ai également beaucoup aimé la manière dont l'auteur lie sa propre vie avec celle de Limonov, très subtilement. Je ne pouvais m'arrêter de lire, tant le parcours de ce russe est iconoclaste. Il fut de tous les grands événements de la fin du siècle et porte un regard critique sur son pays. Cependant, beaucoup de ses actes et de ses opinions sont très contestables, tout en connaissant l'esprit provocateur du personnage. Carrère a un vrai recul, une vraie distance vis-à-vis de son personnage. Il n'est jamais dans l'admiration banale, cherchant sans cesse à se glisser dans les pensées et la peau de Limonov. Il nous transmet ses doutes, ses incertitudes et les zones d'ombre qui subsistent quant au passé tumultueux d'Edouard. On vit véritablement cette histoire de l'intérieure, on est avec le personnage.
Je conseille fortement ce livre, qui m'a par ailleurs permis d'approfondir ma connaissance de l'histoire russe. J'ai hâte de découvrir d'autres oeuvres du même auteur.

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