mardi 19 avril 2016

Eux

Ils ne me comprennent pas. Ils me demandent de parler de moi, mais je ne les connais pas. Je n'ai pas envie d'entendre parler d'eux et pas envie de leur parler de moi. Ils projettent seulement sur moi l'image la plus facile, la plus acceptable. Pourquoi se préoccuper des nuances quand on peut mettre un être humain dans une jolie boîte avec un seul mot marqué dessus ? Pourquoi chercher plus loin, pourquoi accepter les paradoxes et les incohérences ?  Non, il vaut sans doute mieux se contenter des apparences. Dire des propos raisonnables, faire des choses raisonnables plutôt que d'accepter les délires des autres, leur folie. Peur que leur malheur nous contamine. Ne pas laisser les gens parler, ne pas les laisser raconter des choses qui ferait vaciller le fragile équilibre de cette putain de société. Continuez à me considérer comme une bonne élève, moi je ne vous considère même pas. Pourquoi ne pas accepter que les gens soient friables, fragiles ? Pourquoi me réprimander quand je pleure ? L'être humain pleure, non ? S'il ne devait pas pleurer on n'aurait même pas de foutus canaux lacrymaux. J'ai compris, maintenant. Je continuerai à emprisonner mes incohérences, mes paradoxes, ma folie, ma souffrance. Je vous montrerai seulement ce que vous voulez bien voir de moi, ce que vous être prêt à accepter. Cette gentille petite partie de moi que vous semblez m'envier. Si vous saviez... si vous saviez ce que j'en ai a foutre d'être une bonne élève, d'être gentille, d'être polie. Si vous saviez le rugissement permanent qu'il y a dans mon cerveau, les bourrasques et les marées de mon âme. Alors d'accord, je ne vous dirai plus que j'ai envie de tout plaquer, de me casser. Je ne vous interrogerai plus sur ma place dans ce monde, ni même sur ce monde. Je ne vous dirai pas que parfois que je me demande si tout ça en vaut vraiment la peine. Si facile de fermer les yeux sur l'anormalité et sur le mal-être des autres, sur leurs blessures. Pourtant, Dieu sait que j'en ai. Je suis sûre que mon pauvre coeur saigne, atrophié.
Je garderai tout ça en moi. Jusqu'à l'explosion. Ce jour-là, elle vous soufflera tous sur son passage, vous arrachera vos putains de membres en ne laissant que vos têtes vides, vos âmes pauvres, vos coeurs secs. Et moi je partirai sans me retourner, jusqu'à la mer. Jusqu'à m'y noyer et ne plus entendre cette voix qui me dit que je ne mérite rien, que je ne suis pas adaptée à ce monde, que je ne trouverai jamais ma place.

vendredi 15 avril 2016

Poésies choisies - Alfred de Musset

Je viens de terminer ce court recueil qui comporte, je pense, les poésies les plus connues de Musset. Ces poèmes me m'ont pas transcendées comme d'autres ont su le faire (indétrônable Baudelaire, inénarrable Hugo, inoubliable Verlaine...). Mais j'ai trouvé beaucoup d'audace, autant dans la forme (des dialogues, presque des scénettes) que dans le fond. En effet, le poète ne tombe pas dans le romantisme "dramatique" (que j'aime beaucoup par ailleurs) et choisi plutôt un ton léger. J'ai retrouvé ce passage de la Nuit de mai, avec le pélican, que j'aime tant. Cependant, beaucoup de poèmes étaient vraiment longs, ce qui, je l'avais mentionné, ne me plaît pas du tout. Mon attention a tendance à s'envoler lorsque la longueur des poèmes augmente, et je les trouve également moins touchants et moins compréhensibles. Ceci, est, bien sûr, un goût personnel. Je ne crois pas garder un souvenir impérissable de ce recueil. Je l'ai bien aimé mais je n'ai pas ressenti ce "Ah ! Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous !"  (Victor Hugo). Les pensées du poète ne sont pas entrées en résonance avec mes propres problématiques, je ne me suis pas vraiment retrouvée dans ces poèmes. Cet aspect universel m'a quelque peu manqué, donc. Au final, les poèmes qui me plaisent le plus sont les plus simples, les plus courts. Je déplore un peu trop de fioritures dans vos poèmes, cher Alfred.

Poèmes préférés :
Stances
Ballade a la lune
Le Saule
Lucie
La nuit de Mai
La Nuit de décembre
Lettre à Lamartine
La Nuit d'août
La Malibran
La Nuit d'octobre
L'Espoir en dieu
Souvenir
Sur trois marches de marbre rose

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dimanche 3 avril 2016

Poèmes saturniens, Fêtes Galantes, Romances sans paroles - Verlaine

Comment parler de ces vers, d'une justesse et d'une musicalité incroyables ? Avec Verlaine tout a l'air facile, tout a l'air écrit au fil de la plume du poète. J'ai beaucoup aimé cette liberté, ce choix de vers courts, au nombre impair de syllabes. Comment si peu de mots peuvent-ils avoir un impact aussi énorme ? Voilà, je sais ce que j'aime chez Verlaine : je trouve qu'il y a toujours une certaine pudeur, une retenue lorsqu'il évoque la douleur. Beaucoup de dignité, de classe. Le talent de dire en trois mots ce que d'autres diraient en 4 strophes. Je trouve également que c'est l'un des poètes qui sait le mieux évoquer la nostalgie et le temps qui passe. Que dire d'autre... Les poèmes sont toujours très denses, très intenses. Chaque mot, même le plus petit, fait sens et contribue à l'équilibre de tout le poème. Il y a cette fragilité, cette folie douce qui transparaît à chaque fois. On sent l'homme instable, vacillant derrière la rime alerte et le vers leste. Il parle des femmes, de l'amour, de la solitude. Thèmes classiques, topos qui avec lui n'en sont pas. Je me suis énormément retrouvée dans certains vers, notamment lorsqu'il dit que le pire dans le malheur c'est de ne pas savoir pourquoi l'on est malheureux, chose que j'ai écrite et pensée bien des fois.

Poèmes préférés :
Après trois ans
Mon rêve familier
Marine
Soleils Couchants
Nuit du Walpurgis classique
Chanson d'automne
Le rossignol
Nevermore
Dans les bois
Clair de lune
En sourdine
Colloque sentimental
Ariettes oubliées : I, III, VIII, 
Bruxelles I 
Birds in the night
Green
Beams


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