samedi 18 mars 2017

Extension du domaine de la lutte - Houellbecq

La morne vie d'un personnage nul et qui n'a rien pour plaire. Houellbecq nous montre la banalité affligeante de l'existence vue au travers d'un homme facilement oubliable mais sacrément névrosé. 
J'ai adoré ce livre, surtout le début, un peu moins la fin. La plume est excellente, le style est alerte. Surtout, c'est drôle, tellement drôle ! Je me suis surprise à éclater de rire plusieurs fois, ce qui ne m'arrive quasiment jamais. Il y a des pages fantastiques sur le sexe, sur l'amour, sur les relations de travail. Et puis tout sonne tellement vrai. Rien ne semble pouvoir surprendre ou ébranler ce personnage si blasé, si désabusé. 
Je suis conquise par ce premier Houellbecq et j'ai hâte de pouvoir en découvrir un deuxième. 

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Les saints vont en enfer - Gilbert Cesbron

C'est le deuxième Cesbron que je lis, et j'ai de plus en plus l'impression que cet auteur est le Zola des Trente Glorieuses. Comme Zola le faisait avec la révolution industrielle, Cesbron dépeint l'envers d'une période de croissance économique et de prospérité. D'ailleurs, je ne pense pas que cela soit un hasard si la rue où se déroule la majeure partie de l'action se nomme rue Zola ! Ici nous sommes dans une petite ville de la banlieue parisienne, Sagny. On suit Pierre, un prêtre-ouvrier qui aide au jour les jour ceux dont personne ne se soucie, les ouvriers, les pauvres, les petites gens.
Une fois de plus, j'adore le style de cet auteur. Cet ouvrage était très agréable à lire. Ensuite, ce roman m'a beaucoup touchée. J'ai mis du temps à vraiment accrocher, le début ne m'a pas happée. Pourtant, une fois familiarisée avec les personnages j'ai véritablement été prise d'intérêt pour leurs problèmes. Certains passages sont très émouvants, allant même jusqu'à m'arracher quelques larmes. Il y a une vraie dureté et beaucoup de réalisme bien sûr, mais surtout beaucoup d'humanité. J'ai aimé la dualité du livre : il y a une réflexion sur la religion, sur la façon de pratiquer sa foi d'une part et d'autre part une plongée dans la misère ouvrière et la lutte des classes.
Cesbron est un auteur très intéressant, je vous conseille d'y jeter un oeil si vous ne l'avez pas déjà fait.

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dimanche 12 mars 2017

Lâcher

Lâcher prise. Lâcher du lest. Larguer les amarres. Accepter les fêlures, accepter les erreurs. Accepter de tomber, et accepter d'avoir envie de rester au sol quelques temps. Etre abîmée à l'intérieur, et accepter que personne ne le comprenne jamais. Etre vulnérable. Sortir prendre l'air et se rendre compte qu'on ne veut voir aucun visage souriant, pas aujourd'hui, ni demain. Accepter la poussière, accepter le silence, accepter la gêne. Vouloir ne plus être, et savoir que ça ne durera pas. Baisser la garde, juste un instant. Ne plus repousser ces rêveries, ces chimères, ne plus se forcer à garder les pieds sur terre. S'envoler et puis surplomber sa vie et puis toucher les étoiles et puis se brûler les ailes la peau et tout et aimer ça. Vivre intensément la détresse, le rien, le vide. Etre avide de tout mais pleutre. S'allonger par terre pour sangloter, sentir la larme rouler le long de l'arête du nez et se sentir un peu comme cette larme, sur la corde raide. Voir la lune et avoir l'impression de tout comprendre, respirer l'air du soir et se demander si d'autres personnes ressentent la même chose au même moment. Vouloir rencontrer ces personnes-là. Non, plutôt rester seul, mais en vie. Se sentir marginal et se demander ce que c'est, la marge. Cet étrange phénomène physique qui fait qu'un sourire est toujours capable d'apparaître sur mon visage, alors que mon âme est en perdition. Savoir, finalement, qu'être là c'est être, être soi ça suffit, c'est déjà bien, c'est déjà beaucoup. Alors continuer à douter, à pleurer, à avoir mal, à écrire de stupides articles pleins de Spleen. Oui, tout ça.

dimanche 5 mars 2017

Antigone - Sophocle

Une pièce qu'on ne présente plus. Encore une fois, il me fallait la lire pour les cours. J'avais déjà lu plusieurs fois la version d’Anouilh, qui est à mon sens (et à celui de beaucoup d'autres) un chef-d'oeuvre absolu, mais jamais l'original, tristement !
Je n'avais pas de raison d'être déçue, et je ne l'ai pas été. Je suis fascinée par le mythe d'Antigone depuis bien longtemps, et il était temps de lire la pièce fondatrice et non l'une de ses réécritures. Tout est très intense. On assiste à une opposition entre la loi des dieux incarnée par Antigone et celle des humains, représentée par Créon. La jeune fille refuse de se plier aux lois de son oncle, et brave la sanction, sûre qu'elle est de respecter la volonté des dieux. Elle est forte, digne, insoumise, et c'est cela qui fait d'elle un personnage si intéressant.
Pas de surprise, j'ai beaucoup aimé mais je dois dire que la pièce d'Anouilh, même si elle est une réécriture, reste indétrônable pour moi. Mais bon, j'ai bien conscience qu'il est quelque peu stupide de comparer deux pièces que tant de siècles séparent, donc je vais me contenter de dire que l'Antigone de Sophocle devrait être lue par tous, c'est une pièce véritablement fondamentale et très riche.

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samedi 4 mars 2017

Dans la solitude des champs de coton - Koltès

Je ne pensais honnêtement pas que ce livre allait me plaire, mais je dois dire que je suis bien contente d'avoir enfin lu du Koltès. Je crois que l'excellent cours de mon prof de français a bien aidé également, j'ai pu saisir toutes les subtilités et toute la profondeur de l'oeuvre.
La pièce est, comme l'on peut s'y attendre, dépouillée. Deux personnages, le Dealer et le Client, la nuit. On ne saura jamais ce qu'est le mystérieux objet du désir du client, mais c'est cela qui fait tout le mystère de la pièce. Je pense que la pièce est avant tout une métaphore des rapports humain, de la difficulté de se livrer, de communiquer, de se comprendre, de la violence qui est au coeur des interactions. Le désir est également, sans doute, l'un des thèmes majeurs de l'oeuvre : le désir devient une faiblesse, un moyen pour l'autre de pénétrer notre conscience. La richesse de cette courte pièce est surprenante : on peut y voir un jeu de séduction entre deux personnages en conflit avec eux-mêmes et avec le monde. Tout l'enjeu en est la reconnaissance par l'autre, qui devient une lutte à mort. L'autre est inquiétant, il est une menace, une violence larvée est toujours présente. Il y a donc un questionnement des rapports humains, qui reviennent toujours à un rapport entre débiteur et créancier : les humains sont endettés les uns par rapport aux autres.
J'ai trouvé l'architecture de la pièce très intéressante : il y a d'abord une humiliation, puis une demande d'amour qui se termine par une chute très brutale du désir. La place de la parole est fondamentale : le langage est puissance de vérité et puissance de falsification. Le langage est un révélateur qui doit être tenu en bride.
Enfin, de grandes problématiques se dessinent en filigrane : l'homosexualité, le SIDA...
Vous l'aurez compris, cette pièce, assez éloignée de mes lectures habituelles, a su me convaincre par son style (ce flot de paroles lourdes de sens lorsqu'on prend la peine de les lire attentivement) et par sa densité en terme de sens.

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